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Un exposition haute en couleurs à la galerie Bertran à Rouen

Un exposition haute en couleurs à la galerie Bertran à Rouen

Antoine Bertran est fier de présenter ce portrait fauve de Pierre Dumont: une pièce rare.

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Par : Elodie Laval

Antoine Bertran choisit d’explorer l’usage de la couleur à travers ce nouvel accrochage dans sa galerie à Rouen (Seine-Maritime) et présente un florilège de toiles inédites du fauvisme aux années 70. Une exposition à découvrir jusqu’au 22 juillet 2017.

Antoine Bertran présente une nouvelle exposition foisonnante sur le thème de la couleur à la galerie Bertran à Rouen (Seine-Maritime). Il réunit ainsi de nombreux peintres issus de l’école des Beaux-Arts ou ayant travaillé à Rouen. Il évoque ses choix pour Tendance Ouest:

Vous présentez en pièce maîtresse un portrait par Dumont, en quoi cette oeuvre est exceptionnelle?

“Dans cette exposition sur la couleur, j’ai souhaité présenter des oeuvres de jeunesse de Dumont qui a commencé dans une veine fauve. Il utilise ici la couleur pure sans mélange. C’est une période de transition dans son travail, une période au cours de laquelle il fera quelques rares portraits.

Il peint ce portrait en 1905, l’année même où le fauvisme naît officiellement au salon des indépendants à Paris. Cela prouve son avant-gardisme et son audace. Il peint ici Georges Sauclières, qui sera le président de la société des artistes rouennais en 1914. C’est un peintre et un collectionneur. Pierre Dumont expose chez Legrip à Rouen et au salon des artistes normands et fait partie de l’école de Rouen.

Nous avons eu la chance également d’acheter récemment chez Sothebys un jardin de Dumont qui date de la même époque. Ces oeuvres sont précieuses car la période fauve est très courte, il change peu à peu de style et assombrit sa palette avant de se consacrer au cubisme.”

Pourquoi avoir choisi d’évoquer le thème de la couleur?

“Cela me permet d’explorer une large chronologie du fauvisme de Pierre Dumont jusqu’aux aquarelles du Trividic qui peint la place du Vieux Marché. La plupart sont des héritiers de l’impressionnisme et ont libéré la couleur. C’est le cas de Marcel Couchaux qui s’intéresse au monde paysan et peint des scènes de basse-cour avec des couleurs très intenses.

Dans cette nouvelle collection, j’ai aussi pris le parti d’exposer une toile de Joseph Delattre. Sa palette n’est pas forcément très chatoyante mais c’est une toile exceptionnellement colorée: une vue de Seine de la cale de Petit-Couronne. C’est un point de vue souvent choisi par le peintre car il habitait à proximité.

Parmi les membres de l’école de Rouen, Robert Pinchon est un très bon coloriste, sa palette est chaleureuse et séduisante. C’est d’ailleurs ce qui l’a rendu célèbre et qui fait encore aujourd’hui de lui un peintre très populaire. C’est pourquoi il fait également partie de ma sélection.”

Quels sont les liens qui existent entre ces artistes?

” Pierre Dumont est un élève de Delattre, le leader de l’école de Rouen, une école contemporaine de l’impressionnisme. Rouen est un foyer créatif important. Les artistes sont soutenus par Legrip, marchand de couleurs qui leur vend à crédit du matériel.

On découvre des huiles de Maurice Louvrier sur carton dans cette exposition: un support pauvre. Certains de ces peintres avaient de grosses difficultés financières mais ont pu être soutenus localement par des mécènes et participer à des expositions importantes comme le Salon des artistes normands.

Dans l’exposition on découvre aussi une toile fauve de format kakémono par Pierre Dumont qui évoque un jardin en fleur. On sait que cette toile a été peinte à Blainville Crevon où il rendait souvent visite à son ami Tirvert. Chez ce peintre avaient lieu des rendez-vous intellectuels qui réunissaient des musiciens, des poètes et des peintres. Cette exposition témoigne aussi de l’importance de ces liens.”

Pratique. Jusqu’au 22 juillet. Galerie Bertran à Rouen. Entrée libre. www.galeriebertran.com

Elodie Laval.